Press(ion) *

2 juin 2008

Les journalistes du monde entier célèbrent, aujourd’hui, leur journée  dédiée
à la liberté d’expression. Ce sera une halte pour mesurer le chemin parcouru et quantifier les acquis arrachés. Ailleurs, la ferveur le disputera à l’engagement. Chez nous, c’est un marronnier expédié via un tournoi de… football et un micro portable offert au journaliste vainqueur du concours officiel.
Le ministère de tutelle à beau jeu face à une corporation à ce point déconnectée de ses propres réalités. Souvent mal formée et désinformée, le journaliste algérien se contente du peu.  Il joue, à son corps défendant, les seconds rôles de relayeurs d’une littérature officielle qui pollue à satiété les luttes démocratiques.  Il faut admettre que le courage et l’engagement désintéressés passent pour être des denrées rares dans notre corporation. Les pressions judiciaires et le pouvoir magique de l’argent on fini par phagocyter bien de plumes jusqu’à à obtenir le tarissement de l’encre.  En ce 03 mai, il n y a sans doute pas de quoi pavoiser pour nous, journalistes algériens. Même si certains bien pensants voudraient nous paver l’enfer de bonnes intentions par ce statut …quo présenté comme acquis extraordinaire !
Tout se passe comme si le salut des journalistes Algériens résidait dans la promulgation d’un statut fut-il déclassant, asservissant.
Il est d’ailleurs significatif de noter que le législateur ait eu recours à la formule de «décret exécutif fixant régime spécifique» pour qualifier juridiquement ce qui est présenté publiquement comme un statut. Cette minoration sémantique du texte n‘est elle pas elle-même une preuve d’une négation d’un statut, un vrai ?
Concrètement, et si on devait juste faire un calcul arithmétique des procès en série intentés à nos confrères durant l’année 2007, on s’aperçoit que la profession est réellement dans la gueule du loup. Au grand dam de ceux qui jaugent la liberté d’expression à l’aune du nombre de titres jetés sur le marché.
Or, l’infamante pénalisation du délit de presse- clé de voûte de  la reconquête de la liberté d’expression-  encore en vigueur, est balayée par quelques supplications tribunitiennes sans lendemains. Il est donc illusoire d’attendre d’un régime foncièrement liberticide quelques gestes attendrissants à l’endroit d’une corporation qui continue de vivre de ses formidables victoires passées.
C’est sans doute la première fois que le pouvoir politique évolue sur du velours avec le monde de la presse à quelques exceptions prés heureusement. Après la «normalisation» des partis politiques, les autorités s’attachent, avec beaucoup de succès du reste, à mettre au pas la presse. Et quand on dépend financièrement de la manne publicitaire de l’Etat, donc du pouvoir et des boites privées apparentées, la liberté d’information et le droit de savoir deviennent fatalement résiduels. Le vrai combat est là.

Hassan Moali

*Cet article a été publié comme éditorial dans EL Watan

Le SNJ, un syndicat détourné et pris en otage

21 mai 2008

Tel un avion ayant perdu le nord, le Syndicat national des journalistes est voué à un crash inéluctable. En atendant, et après avoir fait l’objet d’un détournement par des pirates déguisés en journalistes syndicalistes, le voici à présent pris en otage par des pirates tout court, des gens qui ne sont même pas journalistes.

Au moment où j’écris ces lignes, cinq personnes (Kamel Amarni, Idir Dahmani, Idir Benyounes, Mourad Ait Oufella et Nadir Bensebâa) sont au Maroc dans le cadre d’une « mission » pour le compte du SNJ. A l’exception de Kamel Amarni, journaliste du Soir d’Algérie, secrétaire général du SNJ par intérim et néanmoins par effraction, la délégation est composée soit de gens n’exerçant plus la fonction de journaliste, soit carrément d’éditeurs, c’est à dire de patrons de presse ou de personnes en voie de l’être.

Idir Dahmani, membre de cette délégation, a cessé d’être journaliste depuis longtemps. Il est à présent fonctionnaire à l’ARPT (Autorité de régulation de la poste et des télécommunications).

Idir Benyounes est directeur, donc patron du journal La dépêche de Kabylie. Un patron qui, disons-le au passage, ne déclare même pas ses employés à la sécurité sociale.

Mourad Ait Oufella et Nadir Bensebaâ, deux ex-piètres journalistes sachant à peine aligner deux phrases correctes sont également de la mission. Eux aussi n’exercent plus et s’apprêtent, grâce à un clan du pouvoir, à lancer un nouveau journal avec un compère de l’ENTV, Djamel Maâfa, un client assidu du régime qui se targue aussi de la qualité de syndicaliste. Il est vrai, toutefois, que celui-ci n’ose pas prétendre appartenir à un syndicat « autonome », mais plutôt à l’UGTA. 

Samir C., un journaliste algérien qui souhaite que le SNJ revienne aux siens.

Presse:désillusion des professionnels et illusion du pouvoir (*)

20 mai 2008

Il y a cinq jours(*), les journalistes algériens célébraient, à leur manière, la date du 3 mai, consacrée « journée mondiale de la liberté de la presse ». A leur manière, en effet, car ils auront été les seuls de par le monde à avoir réduit leur programme d’activités ce jour là à l’organisation d’un …tournoi de football. Il y eut certes une ou deux parodies de colloques et de conférences mais point d’engouement chez les professionnels. Si bien que c’est le tournoi de foot qui, au final, aura suscité le plus grand intérêt au sein de la plupart des journaux et qui aura donc marqué cette célébration de son empreinte. Pour la première fois depuis 1990, les actions d’initiative gouvernementale, notamment celles du département de la Communication, auront largement pris le pas sur celles des rédactions, du SNJ ou encore de la représentation de la FIJ. Ahmed Ouyahia lui-même, l’artisan en 2001 des amendements du Code pénal spécialement conçus pour étouffer toute velléité de libre écriture, s’est découvert, l’espace d’une journée, « grand défenseur » de la liberté de la presse, affirmant que la dépénalisation du délit de presse est inéluctable. Le même Ouyahia, jusque-là absolument et ouvertement réfractaire à toute idée d’ouverture de l’audiovisuel à la finance privée a juré que cela est tout aussi inéluctable . Ce 3 mai, les fossoyeurs de la liberté de la presse en Algérie auront eu la part belle. Face à eux, le vide. Quelquefois même de la complaisance, voire de la complicité, il faut bien le dire. Comment donc en est-on arrivé là? Depuis 2003/2004, le pouvoir a redoublé de férocité contre une corporation qui, bientôt, cessera de résister. C’est alors qu’on découvrit des faiblesses intrinsèques jusque là insoupçonnées. Des faiblesses qui vont mettre à nu leur corrolaire, cette incroyable prédisposition au reniement pur et simple lorsque s’imposaient, il faut l’admettre, des remises en question, sans plus. C’est à dire des révisions qui, si elles peuvent être quelquefois douloureuses, ne doivent pas s’accompagner de l’abandon de la vocation même de la presse, le droit d’informer sur la gestion de la cité ou encore de soumettre les politiques gouvernementales et l’action publique à l’éclairage et à la critique. Il n’aura donc pas fallu bien longtemps au pouvoir pour arriver à ses fins. Le second mandat de Bouteflika était à peine entamé que le paysage médiatique offrait déjà une allure défaite. Renoncement au ton critique, accompagné si nécessaire de remaniements internes, abandon de lignes éditoriales qui n’agréent pas les puissants du moment, généralisation de l’autocensure, marginalisation ou retrait des plumes génantes et, bien sûr, émergence de la médiocrité et éclosion d’opportunismes ravageurs. Le tout sur fond de désillusion. Voilà le fardeau porté aujourd’hui par la presse algérienne. Inutile de dire qu’il est trop lourd pour qu’elle puisse avancer. Pis, elle est ainsi condamnée à la régression permanente. Significative est d’ailleurs l’attitude bizarrement conciliante, « attendrissante » pour reprendre l’expression d’un confère, que le pouvoir se surprend à observer à l’égard de la corporation. C’est que ce pouvoir a compris qu’il ne convient pas d’utiliser un éléphant pour écraser une fourmi, comme le dit l’adage. Mais il a surtout compris qu’il est temps de concevoir de nouvelles relations avec la presse. Mieux, de concevoir la presse même. De la logique de répression et de pression contre la liberté de la presse on passe ainsi à la logique de rétribution et de prime à la complaisance. Le plus souvent par la manne publicitaire gérée par l’ANEP dont bénéficient désormais des journaux qui en étaient privés pendant 15 ans. Mais pas seulement cette manne-là. C’est à cette nouvelle logique qu’on doit aussi la multiplication, depuis quelque temps, de ces « embryons de groupe de presse » qui se mettent en place dans un pays où, en général, il est quasiment impossible d’obtenir un agrément pour lancer la moindre publication. De là à parier que les futurs médias audiovisuels seront « affectés » à ces mêmes groupes de presse, avec les gains financiers substantiels qu’ils ne manqueront pas de drainer, il n’y a qu’un pas que beaucoup parmi les observateurs ont déjà franchi. Le pouvoir, pour sa part, en tirera un double avantage. Primo: il mettra ainsi fin aux pressions politiques et commerciales émanant de l’extérieur du pays, notamment de l’UE et de l’OMC, quant à l’ouverture du secteur de l’audiovisuel. Deuxio: le contrôle politique des contenus que diffuseront les futures télés et radios privées sera assuré par des alliés qui auront déjà fait la preuve de leur « loyauté » dans la presse écrite. Mais on n’en est pas encore là. Car avant cela, la presse telle que reconfigurée est d’abord attendue quant aux missions qui lui sont assignées par qui de droit dans la perspective d’échéances plus proches, dont celle de 2009. Mais il semble que les « nouvelles missions » dont elle est chargée sont trop lourdes pour une presse qui a, chemin faisant, renoncé à préserver ce qu’elle avait d’essentiel, de vital: sa crédibilité. Peine perdue donc pour un pouvoir qui croit s’en sortir, suprême illusion, en transformant les titres de la presse écrite en autant d’ENTV. Pour autant, et on l’aura vérifié à l’occasion de la célébration algérienne de ce 3 mai, la régression a déjà si gravement délabré la corporation qu’il ne sera pas aisé de faire regagner à la presse nationale la place et l’aura qui étaient les siennes dans le monde arabe et en Afrique, il n’y a pas si longtemps. Encore plus ardues seront la bataille de la crédibilité et, partant, celle de la confiance du citoyen-lecteur qu’il va falloir reconquérir à nouveau.

Said Chekri

*Cet article est aussi publié dans le blog de l’auteur

 www.said chekri.blogspot.com ainsi que sur le site du RCD

Said Chekri lance son blog

11 mai 2008

Le journaliste Said Chekri vient de nous apprendre (via un commentaire qu’il nous a envoyé) qu’il lance un blog personnel à compter d’aujourd’hui. Un petit texte d’annonce intitulé « pourquoi je crée un blog » est déjà disponible sur ce nouveau blog auquel nous souhaitons longue vie. Bon courage, cher confrère.

Les internautes peuvent le visiter en tapant www.saidchekri.blogspot.com

Samia Ch.

Comment le pouvoir se prépare à l’ouverture de l’audiovisuel

6 mai 2008

L’ouverture de l’audiovisuel en Algérie est inéluctable. Le pouvoir le sait. L’avénement de radios et de télés privées pourrait encore demander quelque temps, mais les pressions extérieures d’ordres politique et économique ou commercial, conjuguées au besoin du régime algérien de soigner son image autant que faire se peut, font que l’ouverture du secteur à l’investissement privé ne pourra être retardée indéfiniment.

Mais, en même temps, le pouvoir ne veut pas se risquer dans une telle « aventure » sans avoir au préalable réuni les garanties de sa survie. La capacité des ondes et de l’image à façonner les opinions publiques nationale et internationale et donc à faire évoluer les rapports de force dans un sens défavorable aux tenants du régime est autrement plus grande que celle dont peut se prévaloir la presse écrite. Cela est encore plus vrai dans un pays comme l’Algérie où le tirage de tous les journaux réunis correspond à moins d’un dixième de la population. 

Le pouvoir veut donc s’adjuger un contrôle quasi-total des futurs médias audiovisuels avant même d’ouvrir le secteur. Il semble à présent qu’il a trouvé une formule « sûre et efficace » pour ce faire.

Alors que des titres comme Liberté et El Khabar ont subi des « mutations internes » qui en ont fait des journaux dédiés ouvertement à l’information propagandiste au seul bénéfice du pouvoir en place, de nouvelles publications arabophones et francophones voient le jour alors que d’autres sont annoncées pour les tout prochains jours. Mieux encore, l’on susurre que l’homme d’affaires Issad Rebrab, déjà détenteur de la totalité des actions de Liberté est en négociations avancées avec les propriétaires d‘El-Khabar pour le rachat de leurs actions alors que le groupe ETRHB des frères Haddad s’apprête à lancer Le temps qui sera, dit-on, suivi d’autres titres.

Si le patron du groupe Cevital arrive à prendre le contrôle d’El-Khabar  et ses autres publications (El-Khabar hebdo, El-Khabar hawadith, etc…), inutile de préciser qu’il ne sera pas loin de s’approprier aussi El-Watan. En effet, le rachat du groupe El-Khabar par Rebrab signifierait que celui-ci détiendrait, de fait, plus de 50% des parts dans l’imprimerie que se partagent les deux journaux. Ce qui explique le rififi qui agite depuis quelques jours la direction et le Conseil d’administration d‘El-Watan, certains voyant d’un mauvais oeil cette intrusion de l’homme d’affaires dans leur groupe, d’autres voulant carrément lui céder leurs parts, convaincus que cela leur rapportera très gros.

H’Mida Layachi, le patron du quotidien arabophone Al Djazair news dont on sait qu’il flirte de très près avec quelques cercles du pouvoir, vient de lancer, pour sa part, une version francophone de ce titre après avoir bénéficié de fonds « occultes ».

Hamraoui Habib Chawki, directeur général de l’ENTV se préparerait aussi à éditer de nouveaux titres qui viendront s’ajouter aux revues et au quotidien Midi Libre dont il détient des actions jugées importantes.

Ainsi, ce sont des groupes de presse, pour l’heure à l’état embryonnaire, qui se mettent en place peu à peu, presque en catimini. Des groupes de presse qui, demain, investiront le domaine de l’audiovisuel en force, avec la bénédiction du pouvoir qui, en retour, bénéficiera de leur propagande. Exactement comme il bénéficie aujourd’hui de « l’apport médiatique » de Liberté ou d’El-Khabar, pour ne citer que ces deux-là.

Samia Ch. 

Journalistes, à vos plumes!

5 mai 2008

Ce blog est dédié prioritairement aux journalistes de la presse algérienne qui souhaiteraient, ouvertement ou sous couvert de l’anonymat, rendre compte de faits ou de situations préjudiciables à l’exercice sain et correct de la profession. Les sujets d’ordre social peuvent être également évoqués.

Mais ce blog est ouvert aussi aux lecteurs, auditeurs et téléspactateurs algériens pour leur permettre de se prononcer, chaque fois qu’ils l’estiment nécessaire, sur leurs journaux, leur télé et leurs radios.

Ce blog traitera aussi, par des articles de fond et d’analyse, de la situation générale de la presse algérienne, de ses rapports avec le pouvoir politique et celui de l’argent et des perspectives d’évolution qui s’offrent à elle…

Les journalistes sont donc invités à y sévir et tant pis pour les éditeurs qui transigent avec les règles de l’éthique en offrant leurs canards respectifs aux puissants et/ou aux riches.

A bientôt.

Le webmaster